À l’origine de ces toiles, toujours une photo, précise, appréhendée  dans son ensemble, avec ses défauts, ses difficultés, ses déformations aussi parfois;
pourtant sa sélection ne revêt que peu d’importance, simple prétexte
à l’acte de création, ni bonne ni mauvaise, elle n’est pas un choix politique,
militant, ni même sociologique, elle n’est rien d’autre que la représentation
d’un moment, visible par tous mais bien souvent rapidement remplacée,
et de fait oubliée. Point de départ d’un jeu entre celui qui fait et celui qui
regarde, parfois simplement ironique, ou tout juste mystérieux, mais un jeu
bien souvent cruel en réaction même à ces images, glanées au fil des bases de
données. Réaction à ce qu’elles peuvent véhiculer malgré tout d’indices sur
l’évolution de nos sociétés et peut être  surtout à ce qu’elles dévoilent de ceux
qui les ingurgitent quotidiennement, avec obstination, sans jamais réellement
les comprendre ni les percevoir  dans leur entièreté. La peinture (jeu tout à fait solitaire pour le coup) ne les transforme finalement que très peu, les couleurs
acides, les associations bancales,les coulures visibles ou cachées, et les aplats,
autant de masques et d’artifices, ne sont qu’un subterfuge pour amener à
regarder plus longtemps, à s’interroger mieux sur une situation vue et négligée probablement 1000 fois déjà. Il n’y a cependant aucun jugement, peut-être un
constat mais guère plus, et en tout cas aucune mise à distance, ni aucun fossé
entre artiste et observateur. Créer une image à partir d’une autre, faire faussement oublier sa trivialité et finalement la réinterroger dans ce qu’elle dit de notre regard
au monde,de sa globalité,la réinterroger à l’instant précis où l’on questionne aussi
la peinture, dans son rapport à la performance, à la justesse, à l’expertise à tout
prix, à l’explication constante. Comme pour stimuler un indispensable regard commun, par trop délaissé, en même temps qu’un irrépressible besoin de façonner
et de cultiver sa propre vision. Et y prendre plaisir.


                                                       
                                 © maxime rojouan